La Cigale et la Fourmi

Merci au contributeur : Capucine Viguier

PAROLES

La Cigale, ayant chanté

                  Tout l’été,

Se trouva fort dépourvue

Quand la bise fut venue.

Pas un seul petit morceau

De mouche ou de vermisseau (1).

Elle alla crier famine

Chez la Fourmi sa voisine,

La priant de lui prêter

Quelque grain pour subsister

Jusqu’à la saison nouvelle.

Je vous paierai, lui dit-elle,

Avant l’août (2), foi d’animal,

Intérêt et principal.

La Fourmi n’est pas prêteuse ;

C’est là son moindre défaut (3).

Que faisiez-vous au temps chaud ?

Dit-elle à cette emprunteuse (4).

Nuit et jour à tout venant

Je chantais, ne vous déplaise.

Vous chantiez ? j’en suis fort aise :

Et bien ! dansez maintenant.

(1) Jean-Henri Fabre (1823-1915) dans ses « Souvenirs entomologiques » relève les erreurs de L.F. concernant la cigale : elle ne dispose pour s’alimenter que d’un suçoir et n’a rien à faire de mouches ou de vermisseaux.

Il y a d’autres fantaisies : La cigale meurt à la fin de l’été et ne peut donc crier famine quand la bise souffle.

La fourmi, qui dort en hiver dans sa fourmilière ne peut l’entendre ; d’autre part, elle est carnivore et n’amasse pas le grain…

« La Fontaine est un naturaliste plein de fantaisie, sans souci de la vérité […]. Mais […], c’est un peintre animalier de grande valeur. » (René Bray Les « Fables » de L.F.)

(2) L’août est la « moisson qui se fait durant le mois d’août » (Richelet)

(3) comprendre qu’elle n’a pas ce défaut : elle est tellement économe que la bienfaisance fait partie du gaspillage.

(4) à l’époque, ce féminin n’est utilisé que dans le burlesque, en riant.

Partagez ce chant : 

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur pinterest
Pinterest
Partager sur linkedin
LinkedIn

Suivez-nous sur les réseaux sociaux

Les plus vus

Debout les gars
Dans les Hussards
Prière scoute
La Blanche Hermine

Faire une autre recherche

Je veux recevoir les nouveaux chants dans mes emails

Je m'inscris à la newsletter

Aucun spam, juste des chants

À propos :

Dans « La Cigale et le Fourmi« , le réalisme affronte le lyrisme et l’artistique. Le premier est incarné par la Fourmi, sérieuse et travailleuse, qui prévoit l’avenir, et le second, par la Cigale, insouciante, qui ne se préoccupe pas du lendemain.

Sans morale apparente, la fable s’efforce pourtant de dégager un enseignement. Mais lequel ? 

Faut-il être prévoyant à l’image de la Fourmi mais tolérer son égoïsme ? Ou faut-il jouir de l’instant présent comme la Cigale mais risquer d’être sans le sou ? Le poète ne tranche pas. 

S’il blâmait la Cigale, cela reviendrait à condamner l’art face à la vie pratique. Ne serait-ce pas se condamner soi-même ?

Jean de La Fontaine
Jean de La Fontaine

La Fontaine est aujourd’hui le plus connu des poètes français du XVIIe siècle, et il fut en son temps, sinon le plus admiré, du moins le plus lu, notamment grâce à ses Contes et à ses Fables

Styliste éblouissant, il a porté la fable, un genre avant lui mineur, à un degré d’accomplissement qui reste indépassable. 

Moraliste, et non pas moralisateur, il pose un regard lucide sur les rapports de pouvoir et la nature humaine, sans oublier de plaire pour instruire.