Les oreilles du Lièvre

Merci au contributeur : Louis Jo

PAROLES

Un animal cornu blessa de quelques coups (1)

            Le lion, qui plein de courroux,

            Pour ne plus tomber en la peine,

            Bannit des lieux de son domaine (2)

Toute bête portant des cornes à son front.

Chèvres, Béliers, Taureaux aussitôt délogèrent,

            Daims et Cerfs de climat changèrent (3) ;

            Chacun à s’en aller fut prompt.

Un lièvre, apercevant l’ombre de ses oreilles,

            Craignit que quelque Inquisiteur (4)

N’allât interpréter à cornes leur longueur,

Ne les soutînt en tout à des cornes pareilles.

Adieu, voisin grillon, dit-il, je pars d’ici.

Mes oreilles enfin seraient cornes aussi ;

Et quand je les aurais plus courtes qu’une Autruche,

Je craindrais même encor. Le Grillon repartit :       

Cornes cela ? Vous me prenez pour cruche ;

            Ce sont oreilles que Dieu fit (5).

            On les fera passer pour cornes,

Dit l’animal craintif, et cornes de Licornes.

J’aurai beau protester ; mon dire et mes raisons

Iront aux Petites-Maisons (6).

 

(1) motivation de la décision du lion

(2) royaume

(3) changèrent de pays

(4) « un des juges établi pour connaître des hérétiques »(Richelet). La Fontaine songe à un tribunal ecclésiastique.(G. Couton, Fables, Garnier)

(5) et ce que Dieu fait ne peut être hérétique…

(6) hôpital réservé aux malades mentaux. L’expression était dans le domaine du proverbe. Ici : seront taxées de folie

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À propos :

Pour « Les oreilles du Lièvre« , Jean de La Fontaine se base sur un texte de Faerno, philologue de la cour du pape Paul IV. Celui-ci écrit en 1563 la fable « Le Renard et le Singe » où le Renard fuit le pays car le Lion chasse tous les animaux ne possédant pas de queue. 

Le Singe essayera de le convaincre qu’il en possède une, mais en vain.

Ici, La Fontaine substitue le Renard et le Singe par le Lièvre et le Grillon. Le poète dénonce la justice arbitraire où un accident entraîne une persécution physique. 

Jean de La Fontaine

La Fontaine est aujourd’hui le plus connu des poètes français du XVIIe siècle, et il fut en son temps, sinon le plus admiré, du moins le plus lu, notamment grâce à ses Contes et à ses Fables

Styliste éblouissant, il a porté la fable, un genre avant lui mineur, à un degré d’accomplissement qui reste indépassable. 

Moraliste, et non pas moralisateur, il pose un regard lucide sur les rapports de pouvoir et la nature humaine, sans oublier de plaire pour instruire.