Le Curé et le Mort

Merci au contributeur : Capucine Viguier

PAROLES

       Un mort s’en allait tristement

             S’emparer de (1) son dernier gîte ;

             Un Curé s’en allait gaiement

             Enterrer ce mort au plus vite.

Notre défunt était en carrosse porté,

             Bien et dûment empaqueté,

Et vêtu d’une robe, hélas ! qu’on nomme bière,

             Robe d’hiver, robe d’été,

             Que les morts ne dépouillent guère.

             Le Pasteur était à côté,

             Et récitait à l’ordinaire (2)

             Maintes dévotes oraisons,

             Et des psaumes et des leçons,

             Et des versets et des répons (3) :

             Monsieur le Mort, laissez-nous faire,

On vous en donnera de toutes les façons ;

             Il ne s’agit que du salaire.

Messire Jean Chouart (4) couvait des yeux son mort,

Comme si l’on eût dû lui ravir ce trésor,

             Et des regards semblait lui dire :

             Monsieur le Mort, j’aurai de vous

             Tant en argent, et tant en cire, (5)

             Et tant en autres menus coûts.

Il fondait là-dessus l’achat d’une feuillette

             Du meilleur vin des environs ;

             Certaine nièce assez propette

             Et sa chambrière Pâquette

             Devaient voir des cotillons.

             Sur cette agréable pensée

             Un heurt survient, adieu le char.

             Voilà Messire Jean Chouart

Qui du choc de son mort a la tête cassée :

Le Paroissien en plomb entraîne son Pasteur ;

             Notre Curé suit son Seigneur ;

             Tous deux s’en vont de compagnie.

             Proprement toute notre vie ;

Est le curé Chouart, qui sur son mort comptait,

             Et la fable du Pot au lait.

(1) façon ironique de présenter la situation

(2) comme il se doit en de pareilles circonstances

(3) partie chantée par l’assistance

(4) Messire est le titre des gens d’Eglise sur les actes notériés. Le nom de Jean Chouart vient de Rabelais où il désigne « la braguette ». Le curé ici est un « bon vivant »

(5) les cierges font partie du bénéfice du curé

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À propos :

Jean de La Fontaine s’inspire, pour cette fable, d’une histoire vraie relatée par Madame de Sévigné dans ses lettres. Il l’adapte ensuite sur un ton humoristique.

Un curé, après avoir enterré un mort, se réjouit des bénéfices qu’il va pouvoir tirer de la cérémonie. Mais ironie du sort, il se fait briser le crâne par le cercueil tombé de son carrosse.

Le fabuliste critique les mœurs du clergé et sa folie des grandeurs. C’est donc une double morale qui trouve son écho dans la fable précédente « La Laitière et le Pot au Lait« , une complicité avec le lecteur se met alors en place.

Jean de La Fontaine

La Fontaine est aujourd’hui le plus connu des poètes français du XVIIe siècle, et il fut en son temps, sinon le plus admiré, du moins le plus lu, notamment grâce à ses Contes et à ses Fables

Styliste éblouissant, il a porté la fable, un genre avant lui mineur, à un degré d’accomplissement qui reste indépassable. 

Moraliste, et non pas moralisateur, il pose un regard lucide sur les rapports de pouvoir et la nature humaine, sans oublier de plaire pour instruire.