La complainte de Jean Quémeneur

Merci au contributeur : Hervé M

À propos :

Musique : Henry Ansquer

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Paroles :

Il s’appelait Jean Quemeneur,

Il était le fils d’une demi-soeur

De la fameuse Madame Larreur,

La grande Hortense,

Celle qui tenait un caboulot

«Aux gars de Dinard et de Saint-Malo»

En fac’ la caserne du dépôt

A Recouvrance !

Sa mère était une Kermarec,

Vous savez bien, d’Lambezellec,

Une grosse puant du bec

Qui n’eut pas de chance

Avec Yann, son premier mari,

Bon garçon, mais faible d’esprit

Qui dans son grenier se pendit

A Recouvrance !

C’était parents aux Kervella

Vous avez connu ces gens-là?

Qui faisaient tant de tralalas

Et d’manigances

Portant voilettes et grands chapeaux

Qu’on aurait dit, ou peu s’en faut,

Qu’ça fréquentait des amiraux

A Recouvrance !

Son père était pompier au port,

Travaillant peu mais buvant fort,

Et jamais content de son sort,

Comme bien on pense.

Avec sa pipe et son fanal

Il s’balladait dans l’arsenal

Du « Corps de Garde » au « Fer à Cheval »

A Recouvrance !

C’est par une nuit qu’il vit le jour,

Au treize de la rue de la Tour;

Il faisait noir comme en un four

Et, pas de chance,

Avec ça un vrai temps de canard:

D’la pluie, du vent et du brouillard,

Ce qui mit la sage femme en retard

A Recouvrance !

Mais le malheur vint, qui l’eût cru?

Son père, un soir qu’il était bu,

Tomba sur sa tête et mourut

Sans connaissance

Et sa mère eut ce mot touchant:

« Gast ! Me voilà veuve à présent:

J’aurai plus d’père pour mon enfant »

A Recouvrance !

Puis sa mère mourut à son tour

Toujours au treize d’la rue de la Tour,

Mais sa tante Yvonne Marchadour

Qu’avait de l’aisance

Et du coeur autant que de l’argent

Jura le jour de l’enterr’ment

De veiller sur le petit Jean

A Recouvrance !

Comme tous les petits enfants

Il eut la cocotte à quatre ans

Et puis la toque pendant quequ’ temps

Bref, son enfance

Fut celle de tous les moutards

Que, légitimes ou bien bâtards,

On voit courir sur les remparts,

A Recouvrance !

Puis il grandit. Quand il fut grand,

Travailleur et intelligent,

Il voulut faire un vétéran

Ici commence

L’histoire de ses amours avec

Marie-Madeleine Poullaouec

La nièc’ de Jean-François Cusec

A Recouvrance !

Elle était jolie comme un coeur

Il l’épousa , fou de bonheur,

Dans notre église Saint-Sauveur

Puis, quelle bombance!

Aussi, quelle gaieté, quel entrain,

Jusqu’à trois heures lendemain matin

Dans les salons du « Petit Jardin »

A Recouvrance!

Mais à cinq ou six jours de là,

Cette drôlesse le trompa

Avec un sigond-maîtr’ calfat

Plein de prestance,

Un sergent-major, un fourrier,

Un commis du port, un pompier,

L’agent Paugam et tout l’quartier

A Recouvrance !

Puis, v’là-t-y pas qu’à Kervallon,

Femme sans coeur et sans raison

Elle fit d’un quartier-maîtr’ clairon

La connaissance

Ils s’en allèrent bras d’ssous, bras d’ssus

Au pardon d’la chapelle-Jésus;

Depuis, on n’les a plus revus

A Recouvrance !

Le pauv’mari, pour oublier,

Se mit alors à s’arsouiller

Dans tous les bistrots du quartier

A « l’Espérance »,

Au débit d’la mère Pouliquen

Et même au « Retour du Tonkin »:

On voyait qu’lui soir et matin

A Recouvrance !

Bref, un soir qu’il ventait très fort,

Roulant de bâbord sur tribord

Il finit dans le fond du port

Son existence

Pour avoir voulu, l’pauv’garçon

Aidé d’son ami Kerouanton

Larguer l’amarre du Petit Pont

A Recouvrance !

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