La Laitière et le Pot au Lait

Merci au contributeur : Capucine Viguier

À propos :

La fable « La Laitière et le Pot au Lait » appartient au second recueil de Jean de la Fontaine, paru en 1678 et dédicacé à Madame de Montespan. Le poète s’inspire d’une nouvelle de l’auteur Bonaventure des Périers.

Ici, pas d’animal. Le fabuliste met en scène une jeune paysanne, la laitière Perrette, se rendant en ville dans l’espoir de faire profit.

Derrière cette histoire se cache un débat philosophique important du XVIIème siècle, celui de la puissance de l’imagination. 

Les rêveries de Perrette s’opposent à la réalité, créant un décalage comique. La Fontaine prône le retour à la simplicité et blâme les chimères.

Jean de La Fontaine

La Fontaine est aujourd’hui le plus connu des poètes français du XVIIe siècle, et il fut en son temps, sinon le plus admiré, du moins le plus lu, notamment grâce à ses Contes et à ses Fables

Styliste éblouissant, il a porté la fable, un genre avant lui mineur, à un degré d’accomplissement qui reste indépassable. 

Moraliste, et non pas moralisateur, il pose un regard lucide sur les rapports de pouvoir et la nature humaine, sans oublier de plaire pour instruire.

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Paroles :

Perrette, sur sa tête ayant un Pot au lait

            Bien posé sur un coussinet,

Prétendait (1) arriver sans encombre à la ville.

Légère et court vêtue elle allait à grands pas ;

Ayant mis ce jour-là pour être plus agile

            Cotillon (2) simple, et souliers plats.

            Notre Laitière ainsi troussée

            Comptait déjà dans sa pensée

Tout le prix de son lait, en employait l’argent,

Achetait un cent d’ œufs, faisait triple couvée ;

La chose allait à bien par son soin diligent.(3)

            Il m’est, disait-elle, facile

D’élever des poulets autour de ma maison : 

            Le Renard sera bien habile,

S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon.

Le porc à s’engraisser coûtera peu de son ;

Il était quand je l’eus de grosseur raisonnable ;

J’aurai le revendant de l’argent bel et bon ;

Et qui m’empêchera de mettre en notre étable,

Vu le prix dont il (4) est, une vache et son veau,

Que je verrai sauter au milieu du troupeau ?

Perrette là-dessus saute aussi, transportée.

Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;

La Dame de ces biens, quittant d’un oeil marri 

            Sa fortune ainsi répandue,

            Va s’excuser à son mari

            En grand danger d’être battue.

            Le récit en farce (5) en fut fait ;

            On l’ appela le Pot au lait.

            Quel esprit ne bat la campagne ?

            Qui ne fait châteaux en Espagne ?

Picrochole, Pyrrhus (6), la Laitière, enfin tous,

            Autant les sages que les fous ?

Chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux :

Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :

            Tout le bien du monde est à nous,

            Tous les honneurs, toutes les femmes.

Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;

Je m écarte (7), je vais détrôner le Sophi (8) ;

            On m’élit Roi, mon peuple m’aime ;

Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :

Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;

            Je suis gros Jean (9) comme devant.

(1) espérait

(2) petite jupe ou cotte de dessous

(3) méticuleux

(4) le prix que représente le porc

(5) comédie populaire ; cette farce n’a sans doute jamais été écrite… 

(6) ils avaient rêvé de conquérir le monde entier

(7) je m’éloigne

(8) titre donné au roi de Perse (le chah ou shah)

(9) Nom propre que le peuple a mis en usage dans la langue, en le joignant abusivement à plusieurs mots injurieux (Furetière)

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