La Paimpolaise

Merci au contributeur : Michel M

À propos :

Parmi tous les airs associés à la ville, il en est un qui traverse les décennies : La Paimpolaise, de Théodore Botrel

Elle est née d’un hasard, en 1895. Un chansonnier du cabaret le Chien noir, à Paris, est malade. On propose à l’inconnu dinannais de le remplacer. 

En quelques heures (comme il l’indique dans ses Souvenirs d’un barde errant), il se compose « un programme nouveau ». 

Parmi ces airs neufs, la Paimpolaise… qui ne soulève pas les foules. Jusqu’à ce que s’en empare Félix Mayol, un an plus tard.

La carrière de l’élégant amateur de chansons grivoises est lancée, la chanson aussi. « Évidemment, à l’époque, il n’y a pas de hit-parade, précise Pierre Tronchon. Dans les rues, des joueurs d’accordéons vendent pour trois sous des feuillets avec les paroles de chansons que l’on appelle « petits formats ». On sait que les ventes de La Paimpolaise ont explosé. »

Paimpol la commerçante, la ville des armateurs, est à l’époque plus petite que ses voisines Plourivo, Kerfot ou Kérity, plus ouvrières et agricoles. Connue pour être un des plus grands ports morutiers et de construction de goélettes de Bretagne, la petite ville en devient bientôt un emblème de toute la région, grâce à la chanson.

Pourtant, à l’époque de son écriture, Théodore Botrel n’a jamais mis les pieds à Paimpol… Pire encore, la fameuse « falaise » chantée par toute la France… n’existe pas tout à fait. Elle pourrait correspondre au surplomb sur la mer depuis Pors-Even, où à une maison de passe de Paimpol, où plus simplement à rien, sinon la rime…

En réalité, Théodore Botrel s’est inspiré du roman de Pierre Loti, pêcheur d’Islande, qu’il vient de dévorer. L’histoire d’amour entre la jeune Gaud et Yann le pêcheur se transpose dans la chanson : Un marin parti vers l’Islande, qui pense à sa belle Paimpolaise… jusqu’à périr en mer. Au départ composée sur un rythme de chasse, la musique (d’Eugène Feautrier) est ralentie au fil des ans, pour en devenir plus mélancolique, quelques couplets sont réécrits.

Théodore Botrel ne viendra qu’en 1896 à Paimpol, puis l’année suivante, chanter pour le pardon des Islandais. La chanson, par la voix de Mayol, poursuit sa carrière. Au fil des décennies, les adaptations se multiplient : La Lannionnaise, La Brestoise, la petite Liégoise (en Belgique)… 300 chansons fleurissent.

La Paimpolaise devient « la Marseillaise des Bretons », au grand dam de certains, comme l’écrivain Xavier Grall, qui y voit « l’image d’une Bretagne mièvre, sentimentale, morveuse, pitoyable ». Théodore Botrel devient « le Breton de Paris », l’homme de salons de la capitale, déraciné, colporteur de clichés.

Pierre Tronchon rétablit l’équilibre : « Certes, la chanson finit par générer des publicités, se retrouve sur des cartes postales, cahiers d’écoliers, évoquant une Bretagne fantasmée, un peu « cliché ». Mais Théodore Botrel est aussi celui qui écrit par exemple la chanson sur les petits « graviers ». Il est le seul à décrire la vie terrible des jeunes mousses de l’époque. »

Dans la chanson, il évoque le sort terrible fait aux enfants de 12 ans, enrôlés sur les bateaux, qui travaillent 20 heures par jour, loin de chez eux ; des mois durant, saoûlés d’alcool et roués de coups. « Cela, les autres chanteurs n’en parlent pas. Lui, si », insiste Pierre Tronchon.

De Botrel lui-même, puis Mayol, jusqu’à… l’animatrice de télévision Dorothée dans les années 90, la chanson a continué durant tout le siècle de porter avec elle son lot d’imaginaire sur la ville. Aujourd’hui encore, l’office du tourisme reçoit régulièrement des touristes venus leur demander « Où se trouve la falaise de la chanson ? »

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Paroles :

Quittant ses genêts et sa lande,

Quand le Breton se fait marin,

En allant aux pêches d’Islande

Voici quel est le doux refrain

Que le pauvre gâs

Fredonne tout bas

« J’aime Paimpol et sa falaise,

« Son église et son grand Pardon ;

« J’aime surtout la Paimpolaise

« Qui m’attend au pays breton. »

Quand leurs bateaux quittent nos rives,

Le curé leur dit : « Mes bons fieux,

« Priez souvent Monsieur Saint Yves

« Qui nous voit, des cieux toujours bleus. »

Et le pauvre gâs

Fredonne tout bas ;

« Le ciel est moins bleu, n’en déplaise

« A Saint Yvon, notre Patron,

« Que les yeux de la Paimpolaise

« Qui m’attend au pays breton ! »

Guidé par la petite Étoile,

Le vieux patron, d’un air très fin,

Dit souvent que sa blanche voile

Semble l’aile d’un Séraphin…

Et le pauvre gâs

Fredonne tout bas :

« Ta voilure, mon vieux Jean-Blaise,

« Est moins blanche, au mât d’artimon,

« Que la coiffe à la Paimpolaise

« Qui m’attend au pays breton. »

Le brave Islandais, sans murmure,

Jette la ligne et le harpon ;

Puis, dans un relent de saumure,

Il se couche dans l’entrepont…

Et le pauvre gâs

Soupire tout bas :

« Je serions ben mieux à mon aise,

« Devant un joli feu d’ajonc,

« À côté de la Paimpolaise

« Qui m’attend au pays breton. »

Puis, quand la vague le désigne,

L’appelant de sa grosse voix,

Le brave Islandais se résigne

En faisant un signe de croix…

Et le pauvre gâs

Quand vient le trépas,

Serrant la médaille qu’il baise,

Glisse dans l’Océan sans fond

En songeant à sa Paimpolaise…

Qui l’attend au pays breton !…

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