Le Loup et le Chien

Merci au contributeur : Lance

À propos :

La fable « Le Loup et le Chien » dépeint deux modes de vies complètement opposés : celui du loup (la liberté) et celui du chien (la soumission). 

La question sur l’esclavage se pose. Le Chien néglige les contraintes de sa servilité, aveuglé par les avantages matériels

A travers le dialogue qui s’installe entre le Loup et le Chien, le fabuliste laisse au lecteur le soin de trouver lui-même la morale.

La Fontaine dénonce les mœurs de la cour de Louis XIV et condamne le chien qui représente les nobles dont la soif de confort et d’argent ne s’étanche que par la perte d’indépendance.

Jean de La Fontaine

La Fontaine est aujourd’hui le plus connu des poètes français du XVIIe siècle, et il fut en son temps, sinon le plus admiré, du moins le plus lu, notamment grâce à ses Contes et à ses Fables

Styliste éblouissant, il a porté la fable, un genre avant lui mineur, à un degré d’accomplissement qui reste indépassable. 

Moraliste, et non pas moralisateur, il pose un regard lucide sur les rapports de pouvoir et la nature humaine, sans oublier de plaire pour instruire.

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Paroles :

Un Loup n’avait que les os et la peau ;

        Tant les Chiens faisaient bonne garde.

Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,

Gras, poli (1), qui s’était fourvoyé par mégarde.

        L’attaquer, le mettre en quartiers,

        Sire Loup l’eût fait volontiers.

        Mais il fallait livrer bataille

        Et le Mâtin était de taille

        A se défendre hardiment.

        Le Loup donc l’aborde humblement,

    Entre en propos, et lui fait compliment

        Sur son embonpoint, qu’il admire.

        Il ne tiendra qu’à vous, beau sire,

D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.

        Quittez les bois, vous ferez bien :

        Vos pareils y sont misérables,

        Cancres (2), haires (3), et pauvres diables,

Dont la condition est de mourir de faim.

Car quoi ? Rien d’assuré, point de franche lippée (4).

        Tout à la pointe de l’épée.

Suivez-moi ; vous aurez un bien meilleur destin.

    Le Loup reprit : Que me faudra-t-il faire ?

Presque rien, dit le Chien : donner la chasse aux gens

        Portants bâtons, et mendiants (5) ;

Flatter ceux du logis, à son maître complaire ;

        Moyennant quoi votre salaire

Sera force reliefs de toutes les façons (6) :

        Os de poulets, os de pigeons,

……..Sans parler de mainte caresse.

Le loup déjà se forge une félicité

        Qui le fait pleurer de tendresse.

Chemin faisant il vit le col du Chien, pelé :

Qu’est-ce là ? lui dit-il. Rien. Quoi ? rien ? Peu de chose.

Mais encor ? Le collier dont je suis attaché

De ce que vous voyez est peut-être la cause.

Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas

    Où vous voulez ? Pas toujours, mais qu’importe ?

 Il importe si bien, que de tous vos repas

        Je ne veux en aucune sorte,

Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.

Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

 

(1) le poil luisant

(2) se dit proverbialement d’un homme pauvre qui n’est capable de faire ni bien ni mal (Furetière)

(3) homme qui est sans bien ou sans crédit (Furetière).

Ici : pauvre hère

(4) signifie au propre autant de viande qu’on en peut emporter avec la lippe, ou les lèvres (Furetière)

(5) portants et mendiants prennent un « s », pourtant, ce sont des participes présent ; ce n’est qu’à partir de 1679 que l’Académie déclarera qu’ils doivent rester invariables.

(6) restes

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