Les deux Coqs

Merci au contributeur : Louis Jo

À propos :

La fable « Les deux Coqs« , de La Fontaine, est une réécriture de la Guerre de Troie

L’intrigue repose sur la bataille de deux coqs qui souhaitent séduire une poule. Cette guerre se termine sur la défaite de l’un des deux coqs. 

Le perdant veut affronter une nouvelle fois son rival mais ce dernier, étant allé crier victoire sur tous les toits, s’est fait enlever par un vautour.

Il ne faut pas crier victoire trop vite car un retournement de situation est vite arrivé. On peut également y voir une dénonciation de la guerre qui commence souvent pour des vétilles (la poule) et peut se finir de façon imprévisible et disproportionnée (le vautour).

Jean de La Fontaine

La Fontaine est aujourd’hui le plus connu des poètes français du XVIIe siècle, et il fut en son temps, sinon le plus admiré, du moins le plus lu, notamment grâce à ses Contes et à ses Fables

Styliste éblouissant, il a porté la fable, un genre avant lui mineur, à un degré d’accomplissement qui reste indépassable. 

Moraliste, et non pas moralisateur, il pose un regard lucide sur les rapports de pouvoir et la nature humaine, sans oublier de plaire pour instruire.

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Paroles :

Deux Coqs vivaient en paix ; une Poule survint,

Et voilà la guerre allumée.

Amour, tu perdis Troie (1) ; et c’est de toi que vint

Cette querelle envenimée,

Où du sang des Dieux même on vit le Xanthe (2) teint.

Longtemps entre nos Coqs le combat se maintint :

Le bruit s’en répandit par tout le voisinage.

La gent qui porte crête au spectacle accourut.

Plus d’une Hélène au beau plumage

Fut le prix du vainqueur ; le vaincu disparut.

Il alla se cacher au fond de sa retraite,

Pleura sa gloire et ses amours,

Ses amours qu’un rival tout fier de sa défaite

Possédait à ses yeux. Il voyait tous les jours

Cet objet rallumer sa haine et son courage.

Il aiguisait son bec, battait l’air et ses flancs,

Et s’exerçant contre les vents

S’armait d’une jalouse rage.

Il n’en eut pas besoin. Son vainqueur sur les toits

S’alla percher, et chanter sa victoire.

Un Vautour entendit sa voix :

Adieu les amours et la gloire.

Tout cet orgueil périt sous l’ongle du Vautour.

Enfin par un fatal retour

Son rival autour de la Poule

S’en revint faire le coquet : (3)

Je laisse à penser quel caquet,

Car il eut des femmes en foule.

La Fortune se plaît à faire de ces coups ;

Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.

Défions-nous du sort, et prenons garde à nous

Après le gain d’une bataille.

Source : version en français dans Millot, fable 145 : Les coqs (La Fontaine, fables, M. Fumaroli, éd. La Pochothèque)

Le burlesque est le résultat d’un contraste entre la bassesse du sujet et l’emphase des termes employés.

(1) la guerre de Troie fut causée par l’enlèvement d’Hélène par Pâris

(2) le fleuve Scamandre de la plaine de Troie, où les Grecs et les Troyens se livrèrent combat (dans l’Iliade).

(3) le galant (jeu de mots sur l’étymologie de coquet : petit coq )

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