Sont les fill’s de La Rochelle

Merci au contributeur : Anne Metel

PAROLES

1. Sont les fill’s de La Rochelle

Qu’ ont armé un bâtiment

Ell’s ont la cuisse légère

Et la fesse à l’avenant

Ah’ la feuille s’envole, s’envole

Ah! la feuille s’envole au vent

2. Sont parties aux Amériques

Un matin, la voile au vent;

Ont choisi pour capitaine

Une fille de quinze ans.

 3. Nous n’avons pas besoin d’hommes,

Disaient-elles à tout venant;

Mais au bout de six semaines

Ell’s avaient le cul brûlant.

 4. Un beau soir, une frégate

Apparut sur l’Océan,

Pleine de jolis pirates,

De beaux gars appétissants

 5. Elles allèr’nt à l’abordage

A coups d’ sabre et à coups d’ dents

Ell’s y prirent l’avantage

Et se ram’nèr’nt des galants.

 6. Et sous la lune jolie,

Etendues sans vêtements,

Ell’s ont écarté les cuisses

Tout’s sur le gaillard d’avant.

 7. Ont baisé à perdre haleine

Jusqu’au clair soleil levant

Et c’était la capitaine

Qui menait le mouvement.

 8. Le lend’main le beau navire

Repartit vers le couchant

Et les fill’s de La Rochelle

Le cul frais allaient chantant:

 9. « J’ai perdu mon pucelage

Au milieu de l’Océan

ll est parti vent arrière

Reviendra z’en louvoyant ».

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À propos :

Chanson de gaillard d’avant du temps des corsaires (début du XVIIIe siècle).

Connue sous le titre Le merveilleux navire, cette chanson monorime (« an ») qu’il faudrait écrire en regroupant les paires de vers se retrouve sous près de 80 variantes; elle est notamment mentionnée par Gérard de Nerval (1808-1855).

En voici une des meilleures versions :

Sont les filles de La Rochelle qu’ont armé un bâtiment

Pour aller faire la course aux échelles du Levant.

La grande vergue est en ivoire, les poulies en diamant,

La grand’voile est en dentelle, la misaine en satin blanc;

Les cordages du navire, sont des fils d’or et d’argent

Et la coque est en bois rouge travaillé fort proprement

L’équipage du navire, c’est tout filles de quinze ans.

[Les gabiers de la grande hune n’ont pas plus de dix-huit ans !]

Le cap’taine qui les commande est le roi des bons enfants

Hier faisant sa promenade dessus le gaillard d’avant

Aperçut une brunette qui pleurait dans les haubans

Qu’avez-vous, jeune brunette, qu’avez-vous z’à pleurer tant ?

Z’avez vous perdu père et mère ou quelqu’un de vos parents ?

J’ai perdu mon avantage qui s’en fut la voile au vent,

Il est parti vent arrière, reviendra-z-en louvoyant.

Cette chanson, comme beaucoup d’autres se retrouve sur toute la côte ouest de la France et a été « exportée » au Canada.

Si les choses sont dites clairement dans le dernier couplet de la version actuelle, d’autres versions parlent, non pas du pucelage, mais d’une rose blanche ou bien comme ici, d’un « avantage » perdu.

Fort heureusement, l’ »avantage » perdu est parfois traité avec humour comme dans un chanson de la région nantaise qui est à l’origine de Sur les bords de Loire.

Je pleure mon avantage que vous m’avez volé

Que vous m’avez volé sur les bords de Loire

Que vous m’avez volé sur les bords du ruisseau

Tout près du vaisseau, charmant matelot.

« Ne pleurez pas, la belle, je vous le rendrai ».

« Ça ne se rend pas, dit-elle, comme de l’argent prêté ».

On retrouve ce thème dans d’autres chansons de marins, et en particulier dans Sur les bords de la Loire et La Frégate « La Danaé »

Dans un autre style, il y est également fait allusion dans Les Filles de Camaret.

D’après Aux sources des chansons populaires de Martine David et Anne-Marie Delrieu.

Dans Chants et chansons populaires vol.2 d’Achille Milien, 1908, on trouve une variante:

1. Ce sont les filles de la Rochelle

Qui veul’ apprendr’ à naviguer.

Ell’ veul’ apprendr’ le pilotage,

Comm’ si c’était de leur métier.

 2. La plus jeune dit à l’aînée :

« Ma soeur, nous faudrait des amants,

Qui sauraient conduire notre barque,

Qui connaîtraient les airs du temps. »

 3. L’aînée répond à la plus jeune :

« Nous n’avons pas besoin d’amants.

Car notre barque est trop fragile,

Est trop fragile par avant. »

 4. La belle avait tendu ses voiles

Dessous le pavillon flamand;

La bell’ s’en fut y mouiller l’ancre

Dessur la mer des bons enfants.

 5. Mais quand l’ancre fut mouillée,

La belle se prit à pleurer.

« Qu’avez-vous, qu’avez-vous, la belle,

Qu’avez-vous donc à tant pleurer ? »

 6. « J’ai beau pleurer, verser des larmes;

Mon coeur volag’, je ne l’ai plus.

J’ai perdu ma carte marine,

Et mon compas ne marque plus. »

 7. Derrièr’ les murs de la Rochelle,

A l’enseign’ du Pavillon blanc,

Y a la mère et les trois filles

Qui verse à boire aux bons enfants.

Sont les filles de La Rochelle

1. Sont les fill’s de La Rochelle

Qu’ ont armé un bâtiment

Pour aller faire la course

Dedans les mers du Levant

 

Ah’ la feuille s’envole, s’envole

Ah! la feuille s’envole au vent

 2. La grand’ vergue est en ivoire

Les poulies en diamant

La grand’ voile est en dentelle

La misaine en satin blanc

 3. Les cordages du navire

Sont des fils d’or et d’argent

Et la coque est en bois rouge

Travaillé fort proprement.

 4. L’équipage du navire

C’est tout filles de quinze ans

L’ capitain’ qui les commande

Est le roi des bons enfants

 5. Hier, faisant la promenade

Dessus le gaillard d’avant

Aperçut une brunette

Qui pleurait dans les haubans.

 6. Qu’avez-vous, jeune brunette

Qu’avez-vous à pleurer tant?

Avez-vous perdu votr’ mère

Ou quelqu’un de vos parents?

 7. Je n’ai pas perdu ma mère

Ni quelqu’un de mes parents

J’ai perdu mon avantage

Qui s’en fut la voile au vent.

 8. Il est parti vent arrière

Il reviendra vent devant

Il reviendra jeter l’ancre

Dans la rad’ des bons enfants.

Variante (un peu moins sage)

6. « Qu’avez-vous, gentille brunette

Qu’avez-vous à pleurer tant?

Avez-vous perdu père et mère

Ou quelqu’un de vos parents? »

 7. « Je ne pleure ni père ni mère

Ni quelqu’un de mes parents

J’ai perdu ma rose blanche

Qui s’en fut la voile au vent.

 8. Elle est partie vent arrière

Reviendra-z-en louvoyant

Elle reviendra jeter l’ancre

Dans la rade des bons enfants »

Cette version est originaire du Bas-Berry. Parfois les deux derniers couplets sont regroupés.

J’ai perdu la rose blanche

Qui s’en fut la voile au vent. (bis)

Elle est partie vent arrière,

Reviendra-z-en louvoyant.

Sont les filles de La Rochelle

1. Sont les fill’s de La Rochelle

Qu’ ont armé un bâtiment

Pour aller faire la course

Dedans les mers du Levant

 

Ah’ la feuille s’envole, s’envole

Ah! la feuille s’envole au vent

 2. La grand’ vergue est en ivoire

Les poulies en diamant

La grand’ voile est en dentelle

La misaine en satin blanc

 3. Les cordages du navire

Sont des fils d’or et d’argent

Et la coque est en bois rouge

Travaillé fort proprement.

 4. L’équipage du navire

C’est tout filles de quinze ans

L’ capitain’ qui les commande

Est le roi des bons enfants

 5. Hier, faisant la promenade

Dessus le gaillard d’avant

Aperçut une brunette

Qui pleurait dans les haubans.

 6. « Qu’avez-vous, gentille brunette

Qu’avez-vous à pleurer tant?

Av-vous perdu père et mère ?

Ou quelqu’un de vos parents ? »

 7. J’ai cueilli la rose blanche

Qui s’en fut la voile au vent.

Elle est partie vent arrière,

Reviendra-z-en louvoyant.

Malgré les années, cette version canadienne est restée très proche de la version édulcorée