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La Lionne et l’Ourse

Mère Lionne avait perdu son faon,
Un chasseur l’avait pris. La pauvre infortunée
Poussait un tel rugissement
Que toute la forêt était importunée.
La nuit ni son obscurité,
Son silence et ses autres charmes,
De la Reine des bois n’arrêtait les vacarmes :
Nul animal n’était du sommeil visité.

L’Ourse enfin lui dit : Ma commère,
Un mot sans plus : tous les enfants
Qui sont passés entre vos dents
N’avaient-ils ni père ni mère ?
Ils en avaient. S’il est ainsi,
Et qu’aucun de leur mort n’ait nos têtes rompues,
Si tant de mères se sont tues,
Que ne vous taisez-vous aussi ?
Moi, me taire ? moi, malheureuse !
Ah ! j’ai perdu mon fils ! Il me faudra traîner
Une vieillesse douloureuse !
Dites-moi, qui vous force à vous y condamner ?
Hélas ! c’est le destin qui me hait. Ces paroles
Ont été de tout temps en la bouche de tous.
Misérables humains, ceci s’adresse à vous :
Je n’entends résonner que des plaintes frivoles.
Quiconque en pareil cas se croit haï des Cieux,
Qu’il considère Hécube, il rendra grâce aux dieux.

Ajouté à la base le 28 avril 2020

Par : Capucine Viguier

Histoire du chant

Dans “La Lionne et l’Ourse“, Jean de La Fontaine expose les malheurs de Mère Lionne qui, venant de perdre son lionceau, perturbe la tranquillité de la forêt par ses bruyantes plaintes.

L’Ourse n’en pouvant plus de l’entendre ainsi gémir vient la raisonner, lui montrant qu’elle aussi, tout comme les parents des petits que la Lionne a dévoré, doit taire son désespoir.

Cette fable dérive d’une tradition indienne que La Fontaine a pu trouver dans le “Specimen sapientiae Indorum veterum” du père Poussines, publié à Rome en 1666.

Lorsqu’on souffre d’un mal qu’on a par ailleurs commis, on ne doit ni se plaindre, ni se révolter…

Jean de La Fontaine

La Fontaine est aujourd’hui le plus connu des poètes français du XVIIe siècle, et il fut en son temps, sinon le plus admiré, du moins le plus lu, notamment grâce à ses Contes et à ses Fables.

Styliste éblouissant, il a porté la fable, un genre avant lui mineur, à un degré d’accomplissement qui reste indépassable.

Moraliste, et non pas moralisateur, il pose un regard lucide sur les rapports de pouvoir et la nature humaine, sans oublier de plaire pour instruire.

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