Vexílla Regis

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VEXILLA REGIS

Vexílla Regis pródeunt,

Fulget Crucis mystérium :

Quo carne carnis cónditor,

Suspénsus est patíbulo.

Quo vulnerátus ínsuper

Mucróne diro lánceæ,

Ut nos laváret crímine,

Manávit unda et sánguine.

Impléta sunt quæ cóncinit

David fidéli cármine,

Dicens: In natiónibus

Regnávit a ligno Deus.

Arbor decóra, et fúlgida,

Ornáta Regis púrpura,

Elécta digno stípite,

Tam sancta membra tángere.

Beáta, cujus bráchiis

Sæcli pepéndit prétium,

Statéra facta córporis,

Prædámque tulit tártari.

O Crux ave, spes unica,

Hoc Passiónis témpore,

Auge piis justítiam,

Reísque dona véniam.

Te summa Deus Trínitas,

Colláudet omnis spíritus:

Quos per Crucis mystérium

Salvas, rege per sæcula. 

Amen.

Ajouté à la base le 23 octobre 2019

Par : Charles 56

Histoire du chant

Vexilla Regis est une hymne latine du poète chrétien Venance Fortunat, évêque de Poitiers du vie siècle. Il tient son nom de la première phrase : « Vexilla regis prodeunt, fulget crucis mysterium, quo carne carnis conditor suspensus est patibulo. »

Chantée pour la première fois le 19 novembre 569 quand une relique de la Vraie Croix, envoyée par l’empereur byzantin Justin II à la requête de sainte Radegonde, fut transportée de Tours au monastère de Sainte-Croix à Poitiers, elle file une métaphore où la croix du Christ est assimilée à un arbre, plus précisément à l’arbre de vie, ainsi qu’aux vexilla impériales romaines.

HISTOIRE

Reliquaire de la Sainte Croix de Poitiers

Venance Fortunat était un poète italien depuis longtemps présent et célèbre dans les cours royales franques mérovingiennes. Il avait notamment écrit des poèmes en l’honneur des reines Brunehilde et Frédégonde. Là-bas, il fait la connaissance de la reine Radegonde, femme de Clotaire Ier roi des Francs. Fervente chrétienne et horrifiée par le meurtre de son frère par son mari, elle abandonne la cour et se réfugie à Poitiers. Venance Fortunat décide de la suivre. Elle y fonde en 552 le monastère Notre-Dame ou Sainte-Marie-Hors-les-Murs. C’est alors le premier monastère féminin de Gaule.

Désirant obtenir une relique pour son abbaye, Radegonde, profitant de son statut royal, demande à l’empereur romain d’orient Justin II et sa femme Sophie un morceau de la Vraie Croix, ce qui lui est accordé : cinq petits morceaux montés ensemble pour former une croix patriarcale. Justin II en envoie aussi un autre morceau, plus grand, au Pape Jean III, également préservé et que l’on appelle Crux Vaticana. La relique arrive en France puis est amenée triomphalement à Poitiers au cours d’une grande procession partant de Tours le 19 novembre 569. C’est pour cette occasion que Fortunat écrit et compose le chant Vexilla Regis, et l’abbaye prend le nom de Sainte-Croix. Venance Fortunat continue ensuite de se rapprocher de la religion sous l’influence de Radegonde, et rédige d’autres célèbres hymnes religieuses telles que Pange Lingua Gloriosi Proelium Certaminis. En 576 il est ordonné prêtre, puis devient évêque de la ville vers 600, et après sa mort est considéré comme un saint catholique, tout comme Radegonde et plusieurs autres de ses disciples.

Le chant est intégré au missel romain, et chanté le jour du Vendredi saint, quand le saint sacrement est mené en procession jusqu’à l’autel. Il est également présent dans la liturgie des Heures, le bréviaire romain l’assignant aux vêpres tous les jours depuis le samedi précédant le dimanche de la Passion, jusqu’au Jeudi saint, ainsi qu’aux vêpres du 14 septembre, fête de la Sainte Croix. Avant Vatican II il était également chanté le 3 mai et le 16 juillet.

Durant la guerre de Vendée, il est choisi comme hymne par l’Armée catholique et royale, qui le chantait avant les batailles.

Aujourd’hui du grand Roi l’étendard va marchant,

Où l’Auteur de la chair vient sa chair attachant.

Aujourd’hui de la Croix resplendit le mystère,

Où Dieu souffre la mort aux mortels salutaire.

Voilà, du flanc du Christ, étant du fer atteint,

Sors le ruisseau vermeil, qui les crimes éteint :

Céleste lavement des âmes converties,

Mêlant de sang et d’eau ses ondes my-parties.

Maintenant s’accomplit aux yeux de l’Univers

L’oracle que David inspira dans ses vers,

Chantant ces mots sacrés sur les tons de sa lyre :

L’Éternel par le bois a planté son Empire.

Arbre noble et trophée illustre et glorieux,

Orné du vêtement du Roi victorieux :

Plante du Ciel chérie, et des anges chantée,

Pour toucher de sa chair la dépouille sacrée.

Tige trois fois heureuse dont le chef exalté,

Soutient le juste prix du monde racheté,

Et balance le corps qui mort, ses bras déploie

Pour ravir aux enfers leur rapine et leur proie.

Je te salue, ô Croix, seul espoir des vivants !

En ces jours douloureux de larmes s’abreuvant,

Augmente aux cœurs des bons l’immortelle justice,

Et pardonne aux pécheurs leur mortelle malice.

Ainsi puisse ton nom en mérite infini,

Suprême Trinité ! sans fin être béni,

Et ceux que, par la Croix tu délivres de crainte,

Triompher à jamais sous ta bannière sainte. 

Amen.

THEMES

La Croix comme vexillum

Vexillum de l’Empire romain

Le premier vers, qui donne son titre à l’ensemble, parle de Vexilla regis, ce qu’on traduit généralement par bannières ou étendards du Roi. Mais le vexillum romain, plus qu’un drapeau, correspond à l’objet entier en trois dimensions incluant ses supports et décorations, notamment l’aigle qui surmonte les étendards des légions. Le poème compare ainsi la Croix et le Christ qui y est cloué à un vexillum romain. Le sang coulant des blessures du Christ tel un ruisseau imbibe le bois et ses vêtements qui prennent une couleur rouge comparable à la pourpre impériale romaine et à celle de ses bannières.

Josse Clichtove explique que les vexilla du Christ sont non seulement la Croix mais les autres instruments de sa Passion (par exemple la Lance). Cela expliquerait le pluriel de vexilla. Johann Wilhelm Kayser pense plutôt que les vexilla font référence aux vraies bannières surmontées de croix utilisées par les Romains après Constantin, et probablement aux croix utilisées lors de la procession pour laquelle le poème a été rédigé.

La Croix comme arbre de vie

Détail d’un vitrail à la Basilique Saint Nazaire à Carcassonne : Jésus crucifié sur l’Arbre de vie

Le poème assimile beaucoup plus clairement la Croix à un arbre, sous-entendu à l’arbre de vie. C’est un thème ancien de la théologie chrétienne3. Des légendes apocryphes prétendent même que la croix de la Crucifixion est matériellement faite du bois de l’arbre de vie biblique.

La Croix est en bois, plantée dans le sol, et c’est par le bois que « Dieu a planté son empire ». La forme même de la croix évoque une tige d’où sortent trois branches. L’arbre-croix aurait été « élu » par les cieux, seul digne de soutenir le corps du Christ. Cela indique qu’il ne s’agit pas d’un arbre ordinaire mais sacré. La version révisée des paroles renforce encore l’association à l’arbre de vie, en faisant de la Croix elle-même une source de résurrection et de vie éternelle (Qua vita mortem pertulit / Et morte vitam protulit).

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