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Comment réussir à monter une chorale ? Entretien avec la chef de chœur Karine Delattre.

Publié le : 17 janvier 2023

Karine Delattre est musicienne, ancienne enseignante d’éducation musicale et de chant choral au sein de l’éducation nationale, désormais à son compte après avoir monté sa propre boite. Très active, elle a en quelques mois construit deux chorales autour de Toulouse et ne compte pas s’arrêter là. Pour Canto, c’est l’occasion non seulement de rencontrer une personne qui voue sa vie à la musique et au chant, mais aussi qui a un précieux retour d’expériences concernant la création de chorales.

Projet Canto : Votre profil nous semble très complet, presque complexe à comprendre, est-ce que vous pouvez brièvement revenir sur votre parcours ?

Karine Delattre : C’est difficile de me présenter en quelques mots de par mon parcours atypique. Le maître mot est la complémentarité. J’ai d’abord commencé la musique à deux ans et demi, puis plus tard ai choisi de faire des études de musicologie. A la fin de mes études, je suis devenue prof dans l’éducation nationale. Après avoir travaillé dans 5 académies différentes en 23 ans, j’ai opté pour une rupture conventionnelle afin de me consacrer uniquement à ce qui me passionne : la musique et le chant.

Aujourd’hui je suis à la fois musicothérapeute, chef de chœur pour une chorale de Gospel et une chorale inter-entreprises, et je propose des ateliers chants et instruments pour tous les âges : mon élève le plus jeune a 6 ans et le plus âgé 73 ans ! Beau travail intergénérationnel !

Je ne suis pas une école de musique, je m’adapte à chacun en tant qu’individu et besoins artistiques.

Karine Delattre, photo ©Olivier Guérin

Projet Canto : Avec Canto nous avons l’ambition de faire vivre le chant populaire et cela passe aussi par la création de chorales. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur vos deux chorales ?

Karine Delattre : La première chose est d’être sûr de ce qu’on veut : quels objectifs veut-on se fixer ? Quel répertoire veut-on travailler ? Avec qui veut-on travailler ?

Les choristes ont été recrutés en quelques semaines : 23 choristes sur la chorale Gospel et 36 pour la chorale inter-entreprises.

Ensuite, j’ai fixé des objectifs atteignables car je souhaitais permettre l’accès à TOUS, peu importe le niveau : aimer chanter, vouloir s’engager dans un projet, relever des défis.

Nous travaillons en polyphonie à trois voix ; sur un répertoire Gospel sur une chorale et sur répertoire de musiques actuelles sur la thématique du développement durable sur la chorale Entre Prises.

Puis, il faut se rapprocher des collectivités du territoire afin de co-construire des projets, quand cela est possible (Mairie, communauté d’agglomération de commune, département, région, DAAC, DRAC…).

Projet Canto : Quelles sont les bonnes conditions pour faire chanter les gens ensemble ?

Karine Delattre : Chacun son rituel. Personnellement, je démarre avec un fond musical et j’instaure une proximité individuelle avec chaque choriste. Pour la favoriser, je travaille sur l’écoute, la cohésion, dans un cadre structuré et bienveillant. Lors de ma première séance de travail, j’ai mis en place un « brise-glace » musical : par exemple, citer son prénom, le chanter, l’accompagner d’un geste. Cela détend, fait rire, une bonne atmosphère s’installe.

Projet Canto : Vous dites que vous n’avez eu aucune subvention. Est-ce que l’argent est un frein à la pratique du chant aujourd’hui ?

Karine Delattre : Bien sûr ! C’est un frein dans tous les cas.

Dans l’éducation nationale les enveloppes de DGH (dotation globale horaires) attribuées à chaque établissement diminuent. Les chefs d’établissements sont contraints, et les enveloppes ne sont pas extensibles. Malgré une circulaire récente encadrant le chant choral, sur le terrain les choix sont arbitraires.

Hors de l’école, cela reste très compliqué. Les cotisations des choristes ne couvrent que les charges, et les chefs de chœurs sont rarement rémunérés ou le sont à un tarif peu décent.

A ce jour, je travaille bénévolement en tant que chef de chœur afin de permettre à nos projets de voir le jour. De plus, je ne perçois aucune subvention d’aucune collectivité, structure ou administration. En espérant que les choses pourront évoluer et connaître un nouvel élan.

Réponses recueillies par Gauthier Brioude et Rémi Creissels.

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