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“Le chant est un massage intérieur pour le corps”. Entretien avec la musicothérapeuthe Julie de Stoutz.

Publié le : 9 décembre 2022

Julie de Stoutz est Musicothérapeuthe clinicienne et Neuromusicothérapeute à l’Hôpital du Gier à Saint-Chamond (42). Un métier étonnant qui consiste à rééduquer et participer aux soins de patients atteints de pathologies parfois graves, comme la maladie de Parkinson, grâce au chant et à la musique. L’occasion pour nous de découvrir l’intérêt du chant par le prisme médical.

Projet Canto : Commençons par le début, qu’est-ce que la musicothérapie ?

Julie de Stoutz : La musicothérapie, c’est l’utilisation intentionnelle des propriétés et du potentiel de la musique. Pour comprendre, il faut se poser la question : que se passe-t-il dans le corps lorsqu’on écoute de la musique ? Respiration, rythme cardiaque, hormones, stimulation de la plasticité cérébrale : écouter de la musique ou chanter est un véritable feu d’artifice pour le corps ! Le corps se synchronise et permet au patient de mieux organiser le temps et l’espace.

PC : Quels sont vos domaines d’intervention ?

JdS : Nous travaillons principalement sur trois axes :
– Soins de support et de confort, contre l’anxiété ou le ressenti douloureux. Ecouter de la musique ou chanter secrète notamment de la dopamine et de l’endorphine, des hormones liées au bien-être. On peut consulter ici les travaux de Stéphane Guetin.
– Domaine affectif et social grâce à la stimulation des neurones miroirs. Le chant comme la musique augmente la production d’ocytocine, connue comme l’hormone du lien affectif.
– Rééducation sur le plan cognitif, langagier ou fonctionnel. Nous sommes très complémentaires des kinés et orthophonistes, par exemple suite à un AVC. Ici, les travaux de Michael Thaut sont éclairants.

PC : Pourquoi la musique plutôt qu’une autre discipline ?

JdS : La mémoire musicale est la mieux maintenue. Toutes les chansons apprises tout au long de la vie reviennent à la mémoire des patients. Que ce soit l’écoute ou le jeu (le chant par exemple), il y a l’activation des mêmes aires cognitives, visuelles et auditives.
C’est aussi pratique, car on part du type de musique qu’aime le patient, peu importe lequel. Certains chants sont néanmoins plus adaptés que d’autres pour certains soins : les chants scouts sont formidables pour initier des mouvements par exemple, car le rythme est bien marqué.

PC : Spontanément, on se dirait que la musique peut être dangereuse pour des états de dépression. Si on laisse un dépressif écouter de la musique triste, est-ce que ça ne va pas aggraver son cas ?

JdS : Pas du tout, bien au contraire ! On part toujours de l’état physique et émotionnel de la personne. Sandra Garrido a mis en lumière le fait qu’écouter de la musique triste quand on est triste permet d’évacuer l’émotion. Elle a aussi mis en évidence que la musique joyeuse doit être précédée de musique triste pour avoir l’effet positif attendu. De la même manière, la relaxation par induction musicale part de l’état agité de la personne pour la ramener à l’état voulu. On commence par écouter une musique plus rythmée pour aller petit à petit vers des musiques plus douces, de plus en plus calmes. Comment expliquer cela ? Tout simplement parce que la fréquence cardiaque, comme la respiration, se cale sur le rythme de la musique. On peut dire que le chant est un massage intérieur pour le corps !

PC : Un massage intérieur… Quels autres aspects positifs sont documentés entre la musique et la santé ? Pouvez-vous nous raconter quelques anecdotes marquantes dans votre métier ?

JdS : Globalement, la pratique musicale densifie les connexions neuronales. Elle soutient la créativité (et donc l’estime de soi). Grâce à la musicothérapie, on voit baisser la consommation médicamenteuse.
Quelques anecdotes : une patiente atteinte de Parkinson a réussi à manger mieux, notamment à utiliser sa fourchette, grâce à un travail de synchronisation. Un patient aphasique [Aphasie = trouble du langage, NDLR] a réussi à mieux articuler, pouvait parler à sa fille, mieux expliquer ses maux à son médecin. Pendant la période Covid, j’ai eu beaucoup de cas d’apaisement de la douleur liée à l’anxiété, à l’isolement.

Réponses recueillies par Gauthier Brioude.

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