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Pourquoi chantons-nous ? Transmettre, émouvoir, rassembler… et partager !

Publié le : 23 novembre 2022

Un article proposé par Sterenn Leost.
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Nous chantons pour accompagner les étapes de la vie.

De la naissance à la mort en passant par le baptême ou le mariage, on trouve une chanson pour toutes les occasions ! Aussi bien des berceuses pour endormir les bébés que pour raconter les émois amoureux, que pour conduire le cortège de la mariée à l’église, on accompagne les événements marquants de notre existence par de tristes complaintes ou des airs enjoués, selon les circonstances.

Nous chantons pour danser.

Nul besoin de disque, de téléphone portable, ni même d’instrument de musique pour danser en tout lieu et à toute heure quand on sait donner de la voix. Toutes les provinces de France ont un répertoire de chants à danser transmis de génération en génération et enrichi en permanence de nouvelles compositions. À chaque assemblée de découvrir en son sein les personnes capables de garder le rythme et d’entraîner les convives dans de longues farandoles ou de faire valser durant toute la nuit.

An dro breton – Kergourlay, CC BY-SA 3.0

Nous chantons pour apprendre.

La mélodie, le rythme, la répétition, les rimes sont les meilleurs ingrédients pour retenir des choses sans s’en rendre compte. Nombreux sont ceux qui connaissent les paroles de dizaines, voire de centaines de chansons, mais qui ont de grandes difficultés à apprendre un long poème où à retenir des formules mathématiques.

Nous chantons pour marquer la cadence, rythmer le travail et donner du cœur à l’ouvrage.

Les chants de marche permettent à un groupe de garder le même rythme et d’avancer d’un seul homme, de repousser la fatigue et d’unir les destinées sur le chemin, que ce soit celui de la gloire, de l’inconnu ou du retour. Combien de scouts ont parcouru le dernier kilomètre d’une longue journée en chantant afin que le bivouac arrive plus vite à l’horizon ?

Pour les marins, les chansons à hisser la voile ou à lever l’ancre ajustent les mouvements pour gagner en efficacité lors de ces tâches collectives. Les meilleurs chanteurs, ceux qui improvisent les meilleures paroles, chantent les couplets et les refrains sont repris en chœur par le reste de l’équipage. Pour les officiers, c’était le moment de prendre la mesure de l’état d’esprit des hommes et de prévenir les risques de mutinerie en fonction de la teneur des paroles.

“Te souviens-tu que sur les pyramides,
Chacun de nous osa graver son nom ?”

Nous chantons pour raconter des histoires, narrer des épopées.

Beaucoup de chansons se basent sur des faits historiques, ou que l’on transmet comme tels. Chants de croisades ou de guerres napoléoniennes, tous racontent la bravoure, l’honneur, la compétence, parfois la folie des rois ou des généraux qui surent mener leur peuple à la victoire ou l’ont accompagné dans la défaite. Pour retenir les leçons de l’histoire, on la met en chansons que l’on transmet à la veillée.

Nous chantons pour nous donner du courage.

Les chants de guerre bien souvent nous rappellent ce pour quoi nous combattons. Une femme aimée, un pays en danger, une attaque à repousser ou de nouvelles terres à conquérir, ce sont les mélodies qui font souffler dans les cœurs le vent de l’aventure.

D’autres chants nous promettent monts et merveilles quand on se prépare à l’exil. En laissant derrière soi la famine ou la pauvreté, on rêve d’un avenir meilleur dans le Nouveau Monde qui nous tend les bras. Parfois l’on revient, sa fortune en poche, et parfois on regrette d’être jamais partis. Quel que soit le cas de figure, l’âme humaine en tirera toujours une chanson.

Nous chantons pour nous identifier à un groupe.

Par notre connaissance de certains chants plutôt que d’autres, ou de versions différentes, on s’identifie à ceux qui partagent notre répertoire. On se reconnaît entre anciens scouts, entre habitants d’une même région ou entre corps d’armée.

On affiche son allégeance pour une cause, comme les Écossais jacobites ou les Irlandais catholiques, ou pour une équipe en faisant résonner un hymne dans un stade, entonné à pleins poumons par des milliers de supporters.

Les compagnons du devoir se transmettent jalousement un corpus de chants qui est très peu connu à l’extérieur, réservé aux initiés qui entreprennent leur tour de France.

Défilé appelés du 153e RI, années 1980. Photo : Silvestrik, CC BY-SA 4.0

Nous chantons pour mettre en garde, pour donner des conseils.

Les époques se suivent et se ressemblent, le progrès ne semble pas beaucoup altérer la nature humaine et parfois, les conseils de nos aïeuls sont toujours bons à prendre, et à apprendre quand c’est en chanson. Nos grands-parents chantaient comment amadouer sa femme revêche ou comment s’occuper d’un mari ivrogne pour que les générations suivantes sachent à quoi s’attendre. On les prévient contre le mariage, ou pour, c’est selon. On dénonce les atrocités de la guerre et on apprend que le crime ne paye pas.

Les bigots menacent en musique les jeunes gens plus attirés par la danse que par la messe, souvent sans succès. Les parents mettent en garde contre l’oisiveté, mais sont rarement écoutés.

Enfin, nous chantons parce que nous le pouvons.

Nous avons tous en nous cet instrument formidable qu’est la voix. Qu’on ait l’oreille absolue ou que l’on chante faux, rien ne nous empêche de le faire et de prendre part à cette activité communautaire. Au stade, autour du feu, dans la ronde, lors de cérémonies, nous entrons en résonance avec nos voisins dans un moment de symbiose comme on ne peut l’atteindre que par la puissance de la musique qui, dit-on, adoucit les mœurs.

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