Connexion

Quand l’Histoire fait naître des chants populaires

Publié le : 17 décembre 2022

Le chant populaire provient de répertoires très variés qui correspondent à différents moments de la vie des gens d’autrefois. Comptines, Chants de métier, chants de mariage, ballades et récits chantés pour la veillée… On pourrait croire, à tort, que ce sont toujours les mêmes, chantés de génération en génération. Mais de temps en temps, un événement ou un personnage historique fait naître un chant qui devient rapidement populaire. Preuve de la créativité extraordinaire de ce peuple, de son habileté à jouer avec les mots et les sonorités.

Voici quelques exemples, parmi tant d’autres.

Un mariage royal et un chant à la postérité étonnante

Le 6 décembre 1491, Anne de Bretagne épouse Charles VIII, roi de France. Cette date marque le début de la fin de l’indépendance de la Bretagne car Anne avait hérité du duché de Bretagne trois ans auparavant. Mariage étonnant car la Bretagne était en guerre avec la France et Anne mariée (par procuration) au roi des Romains, et qu’après le siège de Rennes par les Français, la duchesse accepte de s’unir au roi de France et ainsi de rattacher la Bretagne au royaume de France, quitte à faire rompre son premier mariage.

Le mariage fait d’Anne une reine de France (ce qu’elle sera à nouveau en devenant la femme de Louis XII après la mort de Charles VIII). Un chant d’époque, « C’était Anne de Bretagne », est né de l’histoire de cette femme, peut-être le personnage le plus célèbre de Bretagne avec saint Yves.

« 5 – L’on vit trois beaux capitaines, duchesse en sabots,
Offrir à leur Souveraine, en sabots mirlitontaine
Ah ah ah ! Vivent les sabots de bois !

6 – Offrir à leur Souveraine, duchesse en sabots,
Un joli pied de verveine, en sabots mirlitontaine
Ah ah ah ! Vivent les sabots de bois !

7 – Un joli pied de verveine, duchesse en sabots,
S’il fleurit, tu seras reine, en sabots mirlitontaine
Ah ah ah ! Vivent les sabots de bois !

8 – S’il fleurit, tu seras reine, duchesse en sabots,
Elle a fleuri, la verveine, en sabots mirlitontaine
Ah ah ah ! Vivent les sabots de bois !

9 – Elle a fleuri, la verveine, duchesse en sabots,
Anne de Bretagn’fut reine, en sabots mirlitontaine
Ah ah ah ! Vivent les sabots de bois !

10 – Anne de Bretagn’ fut reine, duchesse en sabots,
Les Bretons sont dans la peine, en sabots mirlitontaine
Ah ah ah ! Vivent les sabots de bois !

11 – Les Bretons sont dans la peine, duchesse en sabots,
Ils n’ont plus de souveraine, en sabots mirlitontaine
Ah ah ah ! Vivent les sabots de bois ! »

Ce chant a connu une postérité étonnante puisqu’il sert de base à « En passant par la Lorraine », créé sous la IIIème République en 1885 par le gouvernement qui voulait que l’école publique dispose d’un répertoire de chansons à connotation patriotique. Le mot de Lorraine suffisait à rappeler la perte de la région en 1870 et la volonté de la reprendre.

Un événement méconnu à l’origine d’un chant toujours populaire

La prise du Kent, ça vous dit quelque chose ? Un navire anglais, capturé lors de son premier voyage par Surcouf, le célèbre corsaire français ? Cette victoire a eu lieu en 1800 près de l’embouchure du Gange et a immédiatement été célébrée par les Français. Au XIXème siècle, le chant « Au 31 du mois d’août » devient populaire. D’abord chant de marin, puis militaire, sans doute toujours chant à boire, il a traversé deux siècles et est toujours chanté de nos jours.

Les paroles diffèrent largement de la réalité (7 octobre et embouchure du Gange contre 31 août et Bordeaux, mais c’est sans doute ce qui distingue l’histoire de la légende. Le chant est un pont entre les deux.

Combat naval – l’abordage du Kent de Garneray (1836)

Un robin des bois à la Française ?

Mandrin volait aux riches pour donner aux pauvres. Ou plutôt il s’attaquait aux collecteurs de taxes pour ensuite revendre les marchandises en contrebande. En Isère, en Savoie, dans le massif central, durant les années 1753-1755, Louis Mandrin et ses contrebandiers (jusqu’à plusieurs centaines) attirent la sympathie du peuple en ne s’attaquant qu’aux fermiers généraux (collecteurs). Capturé, mis à mort en 1755, il reste de sa brève aventure un chant : “La complainte de Mandrin“. Encore une fois le texte s’écarte de la réalité (Mandrin a été pendu à Valence, pas à Grenoble, entre autres). Cette chanson fait partie du répertoire de l’enfance.

Napoléon, une épopée chantée

Napoléon, son ascension fulgurante, son couronnement, ses campagnes militaires… Une telle épopée a laissé bien des traces dans le chant populaire, jusque dans les pays conquis. Pour en savoir plus, vous pouvez lire cet article.

Dans la même catégorie

Canto vous raconte… l’abbé Gabriel-Charles de Lattaignant, l’auteur de Fanchon (1757)

Article

Réviser l’épopée napoléonienne avec le chant ? De la Révolution au coup d’état (1/2)

Article

“Le chant est un massage intérieur pour le corps”. Entretien avec la musicothérapeuthe Julie de Stoutz.

À travers chants

Folklore ou tradition, faut-il choisir ?

Article

Pourquoi chantons-nous ? Transmettre, émouvoir, rassembler… et partager !

Article

Quand l’Histoire fait naître des chants populaires

Article

Chants alsaciens : un matériau incomplet mais exploitable ? Entretien avec Daniel Muringer.

À travers chants

Les Chansons à boire des Vignerons de Bourgogne

Article

Comment réussir à monter une chorale ? Entretien avec la chef de chœur Karine Delattre.

À travers chants

Quand notre Voix s’exprime

Article