Vous connaissez sans doute Fanchon ? L’un des chants les plus populaires de notre appli, toujours chanté lors des Apéros Canto, apprécié des militaires et des buveurs, c’est un incontournable. Et pourtant peu de gens savent que ce chant a bientôt 3 siècles, et qu’il a été écrit par un abbé, poète à ses heures.
Homme d’un siècle, il est né en 1697 et mort en 1779. Issu d’une famille aristocratique, comme son nom l’indique, il n’est pas l’aîné et comme de coutume à l’époque, on le destine à rentrer dans les ordres. Sans attrait pour la vie religieuse, il mène une vie d’homme de lettres et de libertin à Paris, avant d’être finalement ordonné prêtre en 1745.

On en retient Fanchon en 1757, mais aussi en 1760 huit couplets de “J’ai du bon tabac”, chanson enfantine déjà en vogue à l’époque. Ses autres œuvres (opéras-comiques, des cantiques spirituels, des poésies profanes le plus souvent légères et frivoles, des épigrammes, des pamphlets politiques…) sont tombées dans l’oubli.
Nommé “grand chansonnier” par Bachaumont, au crépuscule de sa vie, c’est finalement ce qui restera de sa vie à la postérité : deux chants très célèbres et toujours entonnés 3 siècles plus tard. C’est d’ailleurs un fait d’armes remarquable : Fanchon est une des rares chansons des soldats de l’ancienne monarchie à avoir survécu à la Révolution, pour rester populaire après la Grande Guerre et se maintenir dans les recueils, comme dans les enregistrements militaires au début du XXIe siècle.
Voltaire, dans sa correspondance, nous laisse un poème en réponse à une lettre de l’abbé de Lattaignant (16 mai 1778) :
Lattaignant chanta les belles ;
Il trouva peu de cruelles,
Car il sut plaire comme elles :
Aujourd’hui plus généreux,
Il fait des chansons nouvelles
Pour un vieillard malheureux.Je supporte avec constance
Ma longue et triste souffrance,
Sans l’erreur de l’espérance :
Mais vos vers m’ont consolé;
C’est la seule jouissance
De mon esprit accablé.